L’AVENIR DE GRENOBLE SE JOUE-T-IL DANS UNE CLINIQUE D’ESTHÉTIQUE ?

Olivier Véran aime faire le coucou dans la presse à intervalles réguliers pour donner son avis. Le revoilà ces derniers jours pour parler de son avenir personnel... et confirmer qu'il ne sera pas candidat à Grenoble.

LE DÉPUTÉ SE LANCE DANS L'ESTHÉTIQUE

Le redevenu simple Député a été évincé du Gouvernement il y a quelques semaines. Après avoir pris des vacances à Miami (!), il expliquait au Parisien le 18 février dernier vouloir « reprendre la blouse une journée par semaine en parallèle de mon mandat ». Rétropédalage moins d'un mois après : il juge soudainement que la neurologie, sa spécialité, "a très fortement évolué" (alors qu'il communiquait abondamment sur le fait qu'il gardait un jour par semaine au CHU pour exercer)... Donc il se tourne vers la médecine esthétique. 

18 février : "je vais reprendre la blouse une journée par semaine en parallèle de mon mandat"...

LE ROI DES BOBARDS ...

D'aucuns penseront que ses ex collègues du CHU n'auraient pas été particulièrement ravis de retrouver celui qui a surtout fait de la médecine un tremplin pour ses ambitions politiques. Bien sûr, le beau parleur toujours dans la comm' explique que l'esthétique est un choix altruiste : il fait ça pour "aider les gens", et notamment les femmes ! Evidemment pas pour profiter des très généreux revenus que cela lui garantira en plus de ses déjà confortables indemnités de Député. Et qu'importe si la médecine esthétique n'a rien à voir avec la chirurgie esthétique et réparatrice...

Il y a quelques jours, le généreux Olivier Véran se mettait en scène dans un club de boxe de Bobigny pour les caméras de Quotidien. Bilan : une chataigne pleine poire par un gamin.

... À LA "CLINIQUE DES INFLUENCEURS"

Car concrètement, celui qui devait sauver l'hôpital public (on voit le résultat), qui déplorait les déserts médicaux (quel beau bilan également) va rejoindre la très huppée Clinique des Champs-Élysées à Paris. Très lucrative, elle est surnommée la "clinique des influenceurs" et pratique particulièrement les augmentations mammaires et de fessiers. Ça "s’inscrit dans mes combats politiques" explique l'intéressé à Eve Moulinier dans le Dauphiné Libéré. On a les combats qu'on mérite...

"LE SYMBOLE EST TERRIBLE"

« Le symbole est terrible, réagit Olivier Milleron, du Collectif inter-hôpitaux interrogé par Le Monde. Aller faire de la médecine de confort pour des gens riches quand l’hôpital est en crise et manque de bras, en particulier en neurologie, c’est quand même triste. Sans compter le signal déplorable de quitter le public pour le privé lucratif ». De nombreux autres professionnels de santé ont réagi, très choqués. La presse et les réseaux sociaux s'en donnent à cœur joie. 

LE MÉPRIS DE SES ÉLECTEURS 

Qu'importe pour Véran, qui n'a que sa situation personnelle comme boussole. Depuis 10 ans qu'il est élu d'une circonscription grenobloise, on avait déjà compris qu'il ne se souciait guère de son territoire et des habitants qui l'ont élu. Qu'a t'il fait pour les quartiers de Teisseire, de l'Abbaye, de Jouhaux qui dépendent de sa circonscription ? Ministre de la Santé, qu'a-t-il fait pour sauver médecins 7/7 Cours Jean Jaurès ou pour empêcher le désastre de la clinique mutualiste ?

LE COUCOU NE SERA PAS CANDIDAT TÊTE DE LISTE À GRENOBLE 

Dans le Dauphiné d'hier, Véran parle tout de même de Grenoble. Il confirme qu'il ne "brigue pas la tête d’une liste pour Grenoble en 2026". Voilà qui devrait au moins calmer la presse qui masquait mal son fantasme de le voir postuler et commençait à bricoler de toutes pièces sa candidature. La décision n'a rien d'étonnant. L'ex socialiste rallié à Macron à la faveur de sondages favorables n'a, de toute sa carrière, jamais mené de combat électoral compliqué.

"URBAIN, JEUNE, BOBO..."

Il n'a d'ailleurs aucune prise avec la ville, n'a jamais exprimé le début d'une idée pour elle ou une quelconque marque d'intérêt pour le quotidien des grenoblois. Véran fait de la politique à l'ancienne : quelques photos quand il se déplace et des analyses sociologico-politiques dignes d'un étudiant en 1ère année à Sciences Po. "Je suis de ce centre-gauche urbain, jeune, que d'aucuns qualifieraient de bobo" explique-t-il dans Le Figaro. Il ne raisonne qu'à travers le prisme des instituts de sondage, et retire toute humanité à la vie politique en en faisant une discipline marketing où il faut cocher des cases. 

Toujours pour Quotidien, le voilà qui présente sa paire de sneakers. Le projet politique de l'individu se résume à vouloir faire "djeun's" (donc à déjà être ringard).

LE DONNEUR DE LECONS POUR GRENOBLE ...

Il applique cette vision de communicant de bureau aux municipales à Grenoble, en expliquant à Eve Moulinier qu'il veut "négocier" pour un "arc qui irait de LR au PS". Un langage de boutiquier qui excitera sans doute quelques commentateurs de salon. Mais il convient de rappeler à ces derniers que Véran est l'un des moins bien placés pour expliquer comment faire gagner l'alternance à Grenoble. Aux dernières municipales, son parti représenté par Emilie Chalas a fait 11% des voix (très loin de la liste société civile d'Alain Carignon). Et aux législatives, lui-même a été sèchement battu sur la partie grenobloise de sa circonscription par Salomé Robin (LFI), illustre inconnue de 20 ans !

Salomé Robin (candidate LFI inconnue, 19 ans en 2022) a battu le Ministre Véran sur la partie Grenobloise de sa circonscription avec 56% des voix...

... S'ATTAQUE À CEUX QUI SE BATTENT POUR LA VILLE

Le donneur de leçons électoraliste se permet même de s'attaquer à Alain Carignon en expliquant qu'il ne veut pas "négocier" avec, et en l'excluant de son fameux arc. Ce faisant, il marque tout son mépris pour les 25% de Grenoblois qui ont choisi la liste d'Alain Carignon aux dernières municipales et en ont fait la première force d'opposition. Un socle qui s'est sans aucun doute renforcé ces dernières années à la faveur de l'engagement constant et acharné du groupe société civile au service des grenoblois. Véran méprise en fait les seuls qui travaillent pour l'avenir de Grenoble.

PIOLLE EST "TRÈS SYMPATHIQUE" ...

En revanche, il est bien plus amène avec... Eric Piolle. Il explique au Dauphiné le rencontrer régulièrement, et le trouver "très sympathique". "Je l’ai vu récemment, et comme toujours, notre entretien s’est très bien passé" appuie-t-il. Tout va bien dans le meilleur des mondes : le Maire de Grenoble et celui qui affirme mollement vouloir une alternance s'entendent en fait comme larrons en foire. 

Eric Piolle, Christophe Ferrari, Olivier Véran: ils voudraient que ça dure....

 

... ET "RIEN N'A CHANGÉ" À GRENOBLE

Véran n'a d'ailleurs rien à reprocher à Piolle sur sa gestion de Grenoble. Pour lui, "rien n’a changé en dix ans" ! La paupérisation générale, la densification à outrance qui nuit à la qualité de vie et fait de nous les premiers pour les ilots de chaleur, les conflits de déplacements, le repli sur elle-même de la ville et sa fermeture à l'extérieur... Le Député de Grenoble sans doute trop occupé à Paris n'a rien vu de tout ça ! Les Grenoblois qui subissent et souffrent des décisions piollesques apprécieront d'apprendre qu'en fait, "rien n'a changé" pour eux. On est dans la caricature de l'élu déconnecté. 

"REDIABOLISER LE RN" : LES CURIEUX EXEMPLES DE VÉRAN

Outre Grenoble, Olivier Véran évoque également son nouveau créneau politique : la lutte contre le RN (quelle originalité). Se gargarisant d'avoir fait un tour des villes tenues par le RN, il en retient deux choses : "un maire qui coupe, en plein hiver, l’électricité dans un local du Secours populaire" et "un autre qui supprime les subventions aux associations culturelles qui ne lui plaisent pas". On ne peut qu'inviter l'ex Ministre à s'intéresser un peu plus à Grenoble, et il découvrira que la majorité du "très sympathique" Piolle a, elle, coupé les fluides à des occupants de logements vides en plein hiver, ( c'était à l'Abbaye, dans sa circonscription et les victimes n'ont pas eu droit à un mot de sa part) et sape les associations jugées trop indépendantes en coupant les subventions ou en leur rendant la vie impossible...

Olivier Véran a loupé l'épisode où Alan Confesson, adjoint LFI, a coupé le chauffage aux occupants de la cité vide de l'Abbaye , dans sa circonscription pourtant...

LES SORTANTS SE COUVRENT 

Bien évidemment, il n'a pas relevé chez le Maire avec qui ses entretiens se passent très bien ce qu'il déplore chez le RN. Par le passé, Piolle et Véran se sont d'ailleurs toujours épargnés. La très faible réaction de la majorité municipale à sa sortie selon laquelle "rien n'a changé" à Grenoble, avec une Margot Belair se contentant de réciter que "la ville se transforme pour s’adapter au réchauffement climatique et investir pour les générations futures", confirme que Véran ne gêne pas plus les Verts/LFI Grenoblois que l'inverse. Le Député et le Maire, qui se partagent en quelque sorte Grenoble, se couvrent.

VÉRAN À PARIS, EMILIE CHALAS À BRUXELLES ?

Au passage, au moment où l'on apprend que Véran se consacrera à la médecine esthétique à Paris, une autre nouvelle révélée par Le Figaro (15/03/24) est passée plus inaperçue : la représentante de Renaissance (le parti d'Emmanuel Macron) en Isère, Emilie Chalas, négocierait pour une place sur la liste de la majorité présidentielle pour être élue Députée européenne en juin prochain. Une opération recasage pour celle qui a été battue aux municipales à Grenoble et battue aux législatives ?

Depuis quelques temps, Emilie Chalas est clairement plus mobilisée pour les élections européennes pour le parti d'Emmanuel Macron (ici présente en meeting électorale à Lille) que pour Grenoble. Un engagement pas tout à fait désintéressé ?

GRENOBLE MÉRITE UN ENGAGEMENT EXCLUSIF

L'un très occupé entre la boxe à Bobigny et l'esthétique, l'autre apparemment tournée vers ses ambitions européennes. Chacun est évidemment libre de ses choix de carrière, mais on ne saurait que conseiller au camp grenoblois de la majorité présidentielle de saisir la main tendue du collectif de la société civile avec Alain Carignon pour travailler ensemble. Car il fait passer l'avenir de Grenoble avant toutes les autres préoccupations, et la situation de notre ville nécessite bien un engagement exclusif et à plein temps. 

2026 : CONTINUITÉ OU RUPTURE ?

Les prochaines élections municipales ne se joueront en effet pas avec les calculs politiciens et médiocres analyses sociologiques émanant de la nouvelle recrue de la clinique d'esthétique des Champs-Elysées. Elles seront une confrontation entre deux propositions, avec d'un côté le camp de ceux qui entendent poursuivre sur la même pente qu'actuellement, et de l'autre ceux qui ont conscience des défis qui attendent Grenoble (en premier lieu desquels le mur financier) et auront à coeur d'apporter des solutions pour changer de trajectoire.

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