Le MAGASIN (des horizons) : TOUT VA TRÈS BIEN MADAME LA MARQUISE

Le 23 septembre dernier, Clément Berthet du Dauphiné Libéré écrivait : «L’horizon s’éclaircit pour le Magasin ». Pour établir cet « éclaircissement » le journaliste cite abondamment Jérôme Maniaque, ancien directeur de la communication d’une société de pompes funèbres grenobloise, nommé directeur par intérim du Magasin en juillet 2020 et devenu depuis le trésorier de l’association de l’institution.

UN HORIZON ASSOMBRI MAIS IGNORÉ

L’horizon du Magasin, centre national d’art contemporain, s’était donc assombri, une information que seuls Grenoble le changement et Alain Carignon au Conseil Municipal ont porté à la connaissance des grenoblois depuis plusieurs années.

Cette crise, point d’aboutissement de la dérive sectaire des Rouge/Verts grenoblois, qui était tué par l’équipe Piolle, est devenue publique avec l’analyse de la politique culturelle grenobloise de Frédéric Martel (France Culture).

F.MARTEL (France Culture) : "UN LIEU EN ÉTAT DE DÉLABREMENT"

Publiée le 26 février 2021, après une semaine d’enquête sur place, l’analyse de ce journaliste de gauche éreinte Éric Piolle et dessine en particulier les contours de la crise du Magasin :

« Le troisième dossier du sensible du deuxième mandat est celui du Magasin, (…) une série d’erreurs ou de malentendus récents ont suscité de vives polémiques au Magasin autour de l’ultra-féminisme, du post-colonialisme, des questions de genre et de l’intersectionnalité. (..) Sont-ils partisans d’une conception différentialiste de la société jusqu’à mettre en valeur les « savoirs chamaniques », les cours de jardinage, le yoga, les marches à pied dans la montagne, les rencontres LGBT ou les chefs cuisiniers en résidence, en lieu et place de l’ « Art » ? Les responsables successifs du Magasin, la plupart en burn-out ou en congés maladie aujourd’hui … quel que soit son projet, la direction du Magasin est décapitée et le lieu en état de délabrement avancé. »

SEPT SALARIÉS SUR 10 EN ARRÊT MALADIE

Frédéric Martel ouvre ainsi le bal des articles de presse, à commencer par celui du Dauphiné Libéré du 12 mars, toujours sous la plume de Clément Berthet.

Nous pouvions lire que l’orientation idéologique du projet n’était pas appréciée par les tutelles publiques à l’exception de la Ville de Grenoble qui dans la bouche de son adjointe aux cultures, Lucile Lheureux,  attribue exclusivement la crise à l’arrêt maladie de sa directrice. Le journaliste note toutefois que sept salariés sur dix sont en arrêt maladie et qu’à la question ce qui s’est passé « peu des interlocuteurs veulent bien revenir sur les faits «, « Mieux vaut parler de l’avenir » lance Anne-Marie Charbonneaux,  la présidente du conseil d’administration. 

LE PUBLIC A DÉSERTÉ LE MAGASIN 

Les articles de la presse nationale, L’Hebdo du Quotidien de l’art du 12 mars, le Monde du 16 mars et Le Journal des arts du 17 mars sont heureusement plus loquaces quant au déroulement des faits et à l’état de l’institution. Entre autres choses, ces articles nous apprennent que le public l’a déserté, l’effectif de l’association des amis du Magasin est réduit à 4 membres ;  que le budget a fondu, l’hébergeur du site web qui n’a pas été payé l’a fermé ;  que l’équipe est étrillée, « toutes les salariées ont été en arrêt maladie ou ont quitté le magasin » ; que les voix d’opposition aux orientations idéologiques de l’activité sont nombreuses ou encore que les dysfonctionnements de la gouvernance entre la direction et l’association sont sérieux. 

L. LHEUREUX : L'ADJOINTE DES ÉCHECS et des MAUVAISES CAUSES

Mais rien de tout cela n’est à l’origine de la crise pour la nouvelle adjointe aux cultures de la Ville de Grenoble, Lucille Lheureux. Pour elle, pour l’équipe Piolle, l’explication est purement "technique" dans la langue de béton municipale,  l’arrêt maladie de sa directrice en est la cause : « Le principal souci c’est la longue absence de la direction qui n’a pas permis au Magasin d’avoir des projets ». 

Il ne peut être question pour elle de critiquer l’orientation idéologique du Magasin parce que son chef l'initie et qu'elle la partage.

B. JOSSE :  LES FIGURES MASCULINES BLANCHES INTERDITES DE PAROLE  

Béatrice Josse, la directrice avait annulé une exposition prévue par son prédécesseur pour des motifs qu’elle avait ainsi signifiés à ses organisateurs :"vous comprendrez que mes copines féministes radicales, féministes historiques, post-féministes, afro-féministes, éco-féministes, queer et trans ne comprendraient pas que je confie à des figures certes incontournables de l‘histoire de l’art de notre pays, mais des figures masculines blanches… ». Des évènements non mixtes ont émaillé une série d’ateliers pointés par Nicolas Bourriaud dans un article de fond publié dans la revue L’hémicycle : « celui-ci (le Magasin), loin de son rayonnement international d'hier, propose désormais des « activités » telles que des cours de yoga, des ateliers de jardinage, des marches dans la montagne ou des rencontres LGBT. ».

MÉNAGE SOCIAL ET REPRISE EN MAINS 

La municipalisation idéologique du Magasin est depuis longtemps une évidence. Corinne Bernard, l’adjointe aux cultures du premier mandat, vidée depuis, avait  maladroitement mis les pieds dans le plat  indiquant accompagner le renouvellement de l’équipe qui était en place à son arrivée. Autre appellation du ménage social et de la reprise en mains.

É. PIOLLE CONDAMNE "L'HOMME BLANC AU VOLANT de sa VOITURE.."

Éric Piolle s'en était pris lui aussi pris à "l'homme blanc pressé au volant de sa voiture" avant que d’avoir parlé de « liberté d’expression » à propos des thèses racialistes (DL du 29/5/21) et d’avoir qualifié de « légitime » le mois décolonial. Chacun se souvient également de sa définition complaisante du burkini comme « d’un maillot couvrant pour se protéger du soleil » gommant totalement l’étendard que veulent en faire les islamistes politiques, ce qui se situe dans la parfaite continuité du meeting organisé avec Edwy Plenel et Médiapart « contre l’état d’urgence » après les attentats du Bataclan et le soutien apporté au collectif contre l’islamophobie, le CCIF,  qui depuis a été dissout par le Ministère de l’Intérieur.

L'ISLAMO GAUCHISME AVEC PLÉNEL et SCIENCES PO 

Lors de sa campagne Éric Piolle s’est entretenu avec Mariam Pougetoux de l’Unef, le syndicat étudiant dont l’antenne grenobloise a été motrice dans la polémique qui à secoué Sciences Po.

On se souvient que la section de la Sorbonne qu’elle dirige s’était jointe aux injonctions de censure des associations racisées pour réclamer l'annulation de la représentation des Suppliantes, pièce de théâtre du tragédien grec Eschyle. En cause, le crime de « blackface », l’utilisation de masques couleur cuivre pour représenter les Danaïdes, des femmes qui viennent d’Égypte. 

La crise du Magasin, l’échec du projet de sa direction est aussi celui de la mairie dont il est une annexe idéologique.

LA RÉGION, LE DÉPARTEMENT MAL INFORMÉS ?

Le niveau de la crise est tel que les tutelles autres que la Ville de Grenoble auraient pu en toute logique se retirer mais elle ont fait le choix de s’y maintenir et de relancer l’institution en renouvelant sa présidence et en recrutant une nouvelle direction.

L’appel à candidature a reçu une quinzaine de réponses parmi lesquelles 6 candidatures ont été retenues pour un second tour où devait être remis, comme il est d’usage un projet.

UNE SÉLECTION POUR LA SUCCESSION 

Ont été ainsi sélectionnés le conservateur en charge des expositions d’un musée d’art contemporain suisse, une ancienne directrice de FRAC qui a collaboré ensuite à une fondation franco-américaine puis a dirigé une importante collection privée aux Etats-Unis, la responsable des expositions d’un très prestigieux musée d’art contemporain londonien, l’ancien directeur artistique d’une fondation privée londonienne devenu le directeur adjoint d’un complexe institutionnel dédié à l’art contemporain dans une capitale régionale, le directeur d’un lieu important de la scène culturelle nationale et la responsable d’une association dédiée aux résidences d’artistes qui est hébergée dans un lieu culturel emblématique de sa ville.

UNE DOCUMENTATION QUI CACHAIT L'ESSENTIEL

Les candidats ont été destinataires d’une documentation sur le Magasin qui s’est révélée lacunaire en l’absence notamment des états budgétaires complets, ce qui aura été partiellement corrigé à leur demande, mais leur manquera toujours l’année 2019 avec le rapport du commissaire aux comptes, comme une information sur les procédures prud’homales en cours, plusieurs selon les sources, dont l’impact budgétaire pourrait être lourd.

LES CANDIDATES PORTEUSES à l'INTERNATIONAL SE RETIRENT


A réception de ces documents deux candidates porteuses d’une expérience internationale reconnue et d’une forte notoriété professionnelles se sont retirées. Restaient donc 4 candidats parmi lesquels aura été choisi, à l’unanimité selon la formule consacrée, la responsable d’une association dédiée aux résidences d’artistes, Triangle-Astérides, Céline Kopp

DES INTERROGATIONS SUR LE PROJET de C.KOPP

Le communiqué de presse de sa nomination suscite plus que des interrogations quant à la nature de son projet et des idées qui le sous-tendent, en particulier le fait que l’institution serait « un lieu d’exercice privilégié… de l’inclusion et du décloisonnement…particulièrement attentif à la problématique des droits culturels… ».

LE RISQUE d'UNE VISION COMMUNAUTARISTE 

Dans le contexte d’un centre d’art quel sens peut porter le terme d’inclusion qui est en résonance avec les débats politiques et sociétaux actuels quand pour certains l’inclusion, le droit à la différence, mine le modèle républicain, la loi commune, au profit d’une vision multiculturelle et multiethnique (communitariste) que d’autres, au contraire, l’appellent de leurs voeux. L’intégration républicaine des uns s’oppose à l’inclusion des autres.

É. BERNARD : "CURATEUR HOMME ET PAR AILLEURS BLANC" 

Pour en savoir plus, il est utile de s’attacher aux déclarations de Céline Kopp pour en cerner les idées et les engagements, en particulier sur Youtube, dans la vidéo de son entretien de 2018 aux côtés de Étienne Bernard, le co-commissaire de la biennale des ateliers de Rennes qui se présente en tant que « curateur homme et par ailleurs blanc ».

C.KOPP : "DE L'ORDRE DU MILITANTISME" 

Ces propos sont d’une incontestable clarté :  

  • « Les choses qui ont pu nous intéresser ou avec lesquelles on s’est senti à l’aise parlaient notamment de domestication généralisée en tout cas d’une espèce d’attitude liée aussi à notre blanchité, c’est à dire à nous, d’être au monde qui est en permanence dans des dynamiques d’extraction de valeur et de rapports de force et de domination …ce qui nous permettait tout autant de parler de questions environnementales, que de question de genre, que de questions de normes de manière générale qui régissent la société. A partir du moment où on s’intéresse à des pratiques comme ça, c’est sûr qu’on va pas avoir une biennale avec uniquement des hommes blancs issus de bonne famille, voilà. »
  • « Moi, j’ai une pratique féministe, je travaille avec des femmes, c’est des choses dont on parle aujourd’hui’hui ».
  • « On a aussi pensé le vocabulaire en terme d’inclusivité… ».
  • « Maintenant au fur et à mesure de mon évolution dans le monde de l’art en termes de carrière, je me rends compte que c’est aussi de l’ordre du militantisme, bien sûr ».

A NOUVEAU FACE AU VISAGE DE L'IDÉOLOGIE RÉTROGRADE

Bis repetita placent, nous sommes à nouveau face à ce nouveau visage de l’idéologie qui raconte un monde à deux dimensions. D’un côté la mâle blanc prédateur, l’oppresseur, et de l’autre côté sous l’égide du concept d’intersectionnalité, ses victimes, les femmes, la planète, les minorités raciales et sexuelles.

UN HORIZON QUI S'OBSCURCIT 

Voilà qui rassure certainement Éric Piolle qui trouvera avec cette directrice une véritable communauté de pensée dans un horizon qui s’obscurcit  encore plus avec une présidence renouvelée du conseil d’administration en la personne de la directrice de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon qui est très sensible à la cancel culture et à l’intersectionnalité.

CROISEMENT ENTRE CYBERFEMINISME, AFROFÉMINISME, QUEER...

Elle a recruté pour la direction de son post-diplôme Mme Oulimata Gueye (franco-sénégalaise) dont la biographie nous apprend qu'en 2018-2019 elle développe un cycle de conférences, performances et débats : Afrocyberféminismes..." cycle (qui) revisite l'histoire des technologies numériques à partir du croisement entre cyberféminisme, afroféminisme et cultures queer ». Dans cette même école des beaux-art un groupe d'étudiantes a commis un dictionnaire de l'écriture inclusive et un groupe d'enseignants et d'élèves a milité pour le contrôle des acquisitions de la bibliothèque en demandant l'annulation de son abonnement à la revue Artpress dont l'éditorial de l'un de ses contributeurs avait critiqué la cancel culture et le féminisme radical. Une preuve que le débat est ouvert. 

UNE CHAPE IDÉOLOGIQUE

Cette chape idéologique est-elle de nature à permettre au Magasin de retrouver, comme le souhaite ses tutelles, « les moyens de son rayonnement»?  La réponse est connue. 

UNE CHAPPE IDÉOLOGIQUE 

Cette chape idéologique serait-elle la condition essentielle pour permettre au Magasin de retrouver, comme le souhaitent ses tutelles, « les moyens de son rayonnement », en faisant fi des conditions et moyens matériels, techniques et budgétaires indispensables à sa remise à niveau.
 
UNE CANDIDATE à la PLUS FAIBLE EXPÉRIENCE INSTITUTIONNELLE
 
Dans le milieu et à Grenoble on s'interroge beaucoup sur  la pertinence du choix de cette candidate qui affiche l’expérience institutionnelle la plus modeste parmi les candidats, quant à la taille de son équipement actuel, quant à son budget et aux ressources financières non-publiques qu’elle mobilise. Il fut un temps ou le Magasin attirait les meilleurs. 
 
UN BUDGET DIMINUÉ IMPACTÉ PAR LES RECOURS
 
Jérôme Maniaque déclare que les tutelles impliquées ont « …exprimé leur souhait de revenir à des financements similaires à ce que nous avions en 2018. ». Or ce budget, dont la reconstruction n’est que souhaitée pour l’instant est inférieure de près de moitié au budget de l’exercice 2013, un budget en forte diminution qui pourrait être de surcroît impacté par des procédures prud’homales sur lesquelles la discrétion est de rigueur.
 
RENDRE PUBLICS LES PROJETS DES CANDIDATS 
 
Compte-tenu des enjeux et des questions légitimes qui en découlent, dans un souci de transparence, il serait nécessaire de rendre publics les projets des candidats et de mettre fin à l'opacité qui entoure ce dossier.

Bref à bien lire les propos de Jérôme Maniaque dans le "Dauphiné Libéré", le "tout va bien Madame la Marquise" reste à démontrer. 

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