BÉTONISATION DE GRENOBLE : STOP OU ENCORE ? DEMANDE LE « DAUPHINÉ »

"Face à l’urgence climatique et au besoin de logements, tous les spécialistes s’accordent à le dire : il faut densifier les villes. C’est aussi l’objectif du « zéro artificialisation nette » (ZAN)" explique le "Dauphiné" (27/3/23) prétendant ainsi "ouvrir le débat" sur "construction de logements en ville, stop ou encore?".

Un débat à la grenobloise, fermé avant d'être ouvert puisque tous "les spécialistes" et tous les intervenants retenus par Jean-Benoit Vigny (DL) expliquent que la densification est une nécessité absolue. 

ILS SONT TOUS FAVORABLES  À LA DENSITÉ POUR LES AUTRES

Et de faire parler un géographe Michel Lussault à qui on peut faire confiance pour la qualité de vie (où vit-il ?), Christophe Ferrari (PS repenti) dont la récente affaire de l'utilisation de la voiture nous apprend qu'il se réfugie le plus souvent possible dans sa maison du Trièves (il en a le droit) et Jérôme Aubreton, promoteur et agent immobilier qu'on n'imagine pas vivre dans un quartier dense... Mais ce dernier est complètement dans son job de prôner la construction. C'est son métier. Il explique qu'« Il faut d’abord optimiser l’utilisation des équipements urbains et des services publics qui ne peuvent augmenter ». Donc entasser. 

VILLENEUVE : LA DENSITÉ POUR UN GRAND NOMBRE DE SERVICES PUBLICS...

C'était déjà le discours des urbanistes pour Villeneuve dans les années 70 : le nombre et la qualité des équipements urbains aux pieds des immeubles étaient justifiés par la densité élevée de population. Que reste-il de vrai aujourd'hui du discours alors dominant? 

DES PROMOTEURS AUX ROUGES/VERTS, TOUS POUR LA DENSITÉ

Il existe donc une conjonction d'intérêts entre la promotion immobilière et la "pensée" des Rouges/Verts répétée à toutes les époques sur la densification des villes. Ce n'est pas, en tous cas, une idée neuve! 

LE NOMBRE DE DEMANDEURS NE BAISSE PAS 

Le besoin de logements ? Depuis qu'on densifie le nombre de demandeurs ne baisse pas et la priorité à la construction de logements sociaux rend de plus en plus difficile l'intégration et la paix sociale. L'objectif de 30 % de logements sociaux à Grenoble signifie qu'il faut en construire encore 4000. Les nouvelles opérations seront donc essentiellement des HLM. Alors que la moitié des demandeurs de logements sont des locataires de logements sociaux qui veulent en partir. 

CONSTRUIRE POUR LES MIGRANTS ?

Une autre partie relève des migrants et du logement d'urgence. C'est à cela que veut répondre la densification de la ville ?

Relevons que  la philosophie de la gauche n'est pas de concevoir le HLM comme un passage vers la promotion sociale et la propriété, mais comme un état permanent et définitif pour les populations concernées. Il s'agit de les assigner à la modestie afin qu'elles demeurent captives. 

 FARCE RÉPÉTÉE PAR TOUS DE LA LUTTE CONTRE "L'ÉTALEMENT URBAIN"

Le deuxième mantra répété est d'empêcher "l'étalement urbain" comme si chacun n'était pas en capacité d'arbitrer entre temps et coût de déplacement en fonction de ses obligations (dont l'empreinte écologique) et lieu de travail. Un célèbre journaliste de France Bleu Isère à Grenoble n'avait il pas arbitré en décidant de vivre à Bourgoin-Jallieu, sa femme travaillant à Lyon ? De plus la ville dense est un repoussoir pour les familles, un facteur qui contribue à l'étalement urbain. 

LA DENSITÉ POUR REMPLIR LES TRANSPORTS EN COMMUNS !

Le troisième est de remplir les transports en communs ! Il fut un temps pas si lointain où ceux-ci étaient au service de la population, pas l'inverse. S'il existait une ligne de TGV à grande vitesse entre St Exupéry et Grenoble, la ligne SNCF Grenoble-Lyon serait libérée pour des TER fréquents, réguliers, rapides. Qu'est-ce qui empêche en effet, comme ce journaliste, d'habiter Bourgoin et de travailler à Grenoble et sa femme à Lyon, si les TER répondent à leurs besoins de déplacements ? 

Mais du fait de l'impéritie de la gauche locale, qui a tout de même régné à la fois sur la Métropole, le Département et la Région pendant une décennie, il ne s'est rien passé. Alors elle en est à pleurer pour un éventuel RER vers 2030/35... si les financements arrivent. 

C. FERRARI VEUT ... DIMINUER L'USAGE DE LA VOITURE !

« Il faut stopper l’étalement urbain afin de préserver nos terres agricoles et diminuer l’usage de la voiture, tout en permettant aux citoyens de se loger. Il n’y a mathématiquement qu’une seule solution : densifier nos lieux d’habitation » plaide encore Christophe Ferrari (PS repenti) dans le DL (27/3/23).

GRENOBLE DÉJÀ TRÈS DENSE NE PEUT PAS RÉPONDRE AUX BESOINS DE LOGEMENT

On se gardera de plaisanter sur lui avec l'idée de "diminuer l'usage de la voiture" (!). Trop facile. Il est évident qu'une ville centre comme Grenoble, parmi les plus denses des grandes villes - elle a dépassé Villeurbanne où la valeur des biens est devenue supérieure à Grenoble - ne peut pas répondre aux besoins de logements, besoins qu'il faudrait d'ailleurs qualifier : sociaux ? migrants ? ou accession à la propriété pour la classe moyenne ? 

LES HABITANTS BÉNÉFICIENT DE PLUS D'ESPACE : UN SCANDALE...

Un Christophe Ferrari qui se lamente du fait que « un logement accueille aujourd’hui environ deux personnes en moyenne (2,1), contre trois en 1970 (vieillissement de la population, hausse des séparations et des familles monoparentales, N.D.L.R.). Et cela augmente la quantité de logements nécessaires pour loger la même population ». En quoi le fait que les habitants vivent dans des espaces plus larges pour moins de monde est-il à équilibrer ? 

L'objectif de l'urbanisme et du logement ne sont ils pas d'abord d'apporter une meilleure qualité de vie aux habitants ?  

Mais le journaliste Jean-Benoit Vigny qui se fait le chantre de cette politique voulue par "tous les spécialistes" reconnait bien un bémol. Les réactions des citoyens montrent qu'ils n'aspirent pas à l'entassement ! Même à l'Ile Verte qui a soutenu massivement Piolle les habitants se sont opposés à la perte d'un espace végétalisé pour construire un immeuble. Ils sont pourtant contre "l'étalement urbain". Les seuls auxquels - sous leur pression - la municipalité a finalement donné raison. Partout ailleurs elle y va au bulldozer. 

AUCUN ÉLU N'ACQUIERT DANS UN ÉCOQUARTIER (!) 

Nous nous gardons bien de citer leurs noms car nous respectons la vie privée, mais combien d'Adjoints au Maire et d'élus grenoblois vivent dans une villa ou un vaste appartement dans un quartier cossu, ou à Reyniès-Bayard, le seul quartier conçu par la municipalité Carignon, donc très aéré,  et combien ont décidé d'acquérir dans un "écoquartier" conçu par eux ?  Pour la deuxième partie de la question, la réponse est zéro. 

J. VERLHAC À MEYLAN, DUBEDOUT PLACE PAUL MISTRAL...

Aziz Sahiri rappelle que l'histoire se répète : Jean Verlhac, enseignant en histoire qui s'était fait nommer directeur de l'institut d'urbanisme, né de 1968 avec des conditions de recrutement peu contraignantes, afin d'exercer son mandat d'Adjoint à l'urbanisme en toute quiétude, a soutenu les concepteurs de Villeneuve en résidant toute sa vie dans une villa à Meylan, Hubert Dubedout habitant, lui, place Paul Mistral. 

GRENOBLE, PREMIÈRE DE FRANCE POUR LES ILOTS DE CHALEUR

Mais surtout cette bétonisation ne répond pas à "l'urgence climatique". Grenoble vient d'être classée recordman de France (hors Paris) pour les ilots de chaleur par une étude conjointe du CNRS et de Météo France, ce qu'avait honnêtement révélé le DL (17/6/22). Ce résultat a été obtenu sous le mandat d'une municipalité prétendument "écologiste".

L'HORIZON DE LA NEUTRALITÉ CARBONE RECULE AVEC LA BÉTONISATION

Comment expliquer que les espaces de respiration qui sont un élément clef de la neutralité carbone à atteindre sont voués à disparaitre ? La neutralité carbone est l'équilibre entre les émissions et les puits d'absorption de carbone que sont notamment les arbres. Ceux-ci agissent en effet à plusieurs niveaux contre les îlots de chaleur urbains : leur ombre abaisse la température quand on est dessous ou à proximité ; la respiration végétale contribue à abaisser la température autour d'eux par le mécanisme de transpiration (la feuille expulse de l'eau qui s'évapore au contact de l'air en consommant de l'énergie, donc de la chaleur, et favorise le rafraîchissement) ; enfin, les surfaces ombragées (sol, murs) ne stockent pas ou peu d'énergie solaire en journée, et ne contribuent donc pas à l'effet d'ilot de chaleur urbain la nuit.

LA DENSITÉ D'ARBRES FAIT RECULER LA MORTALITÉ

Non, "tous les spécialistes" ne sont pas du même avis. La pensée dominante commence à être remise en cause. Dans The Lancet, certains d'entre eux  estiment que si la densité d'arbres atteignait partout l'objectif fixé, la surmortalité liée aux îlots de chaleur urbains, estimée à 6700 décès (4% de la mortalité), serait réduite de plus d'un tiers (39%) grâce à une baisse moyenne des températures de 0,4°C. « Une faible réduction de température peut avoir un impact important lorsque la population concernée est grande» explique Mark Nieuwenhuijsen, coauteur de l'étude dans Le Figaro.  

DES CHERCHEURS S'INQUIÈTENT DE LA DISPARITION DES PETITS JARDINS

L'abattage des espaces végétalisés et des sujets anciens pour densifier par la municipalité Piolle est donc bien un crime. Erwan Cordeau, chercheur à l'Institut Paris Région, s'inquiète ainsi de « la disparition programmée des petits jardins pavillonnaires, liée à la densification de la ville ». 

SEUL A. CARIGNON S'OPPOSE À CETTE POLITIQUE

Étrangement le "Dauphiné" ne fournit par ces éléments, ni ne donne la parole au seul homme public qui s'oppose frontalement à cette politique avec une argumentation étayée : Alain Carignon. Pourtant "ouvrir le débat" devrait le rendre vraiment contradictoire. 

LA CONSÉQUENCE ? LE CITOYEN DOIT SUPPORTER TOUT L'EFFORT

En réduisant les capacités d'absorption de carbone, Eric Piolle rend plus difficile d'atteindre l'objectif de neutralité carbone et veut faire supporter aux citoyens ces difficultés. D'où, notamment, une ZFE punitive. D'ailleurs dans les documents officiels sous sa signature, comme le lui a fait remarquer Alain Carignon au dernier Conseil Municipal, Piolle évoque "zéro carbone". Ce qui n'est pas la "neutralité", équilibre entre émissions et résorption. 

Malgré l'heure, 2 heures 43 du matin, Alain Carignon plaidait encore au Conseil Municipal pour sauver les espaces de respiration de Grenoble

LES GRENOBLOIS PEUVENT VOTER DANS LE "DAUPHINÉ"

Si "le débat" n'a pas véritablement lieu, le "Dauphiné" permet le vote. Il est donc possible à ceux qui le désirent de voter "Stop  ou encore" sur le site du DL. À ce jour, sur les 500 personnes qui se sont exprimées, plus de 80 % demandent de stopper la bétonisation.

SI ALAIN CARIGNON AVAIT ÉCOUTÉ LES URBANISTES, LE PARC POMPIDOU N'EXISTERAIT PAS

Pas certain qu'elles soient entendues puisque toute la Nomenklatura locale répète les dogmes portés par les urbanistes dont on connait les succès. Alain Carignon raconte souvent que, caserne Reyniès-Bayard, si il les avaient écouté, les platanes sujets anciens seraient rasés et il n'y aurait pas un parc de 5,5 hectares, l'un des plus importants puit d'absorption de carbone de la ville... 

On est heureux de savoir qu'un Adjoint au Maire très densificateur et très anti-Carignon a choisi de vivre dans ce quartier. Très réconfortant. 

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