LOGEMENT : ÉRIC PIOLLE FAIT EXPLOSER LA MAJORITÉ METROPOLITAINE

Une grande partie du conseil métropolitain d'hier a été consacrée au logement, avec notamment le dossier brûlant de Grenoble Habitat.

ENCADREMENT DES LOYERS : UN NOUVEAU PAS VERS L'AGONIE DE L'IMMOBILIER

La première délibération visait à remettre sur la table l'encadrement des loyers à Grenoble, vieille lune idéologique défendue par Nicolas Beron Perez (PCF, en charge du logement), proposition déjà refusée par le Ministère du logement lors du précèdent mandat, estimant que « le marché locatif de l’agglomération grenobloise ne montre pas de signes de tension ».

Nicolas Beron-Perez (PCF idéologue).

LA SITUATION NE S'AMÉLIORE POUR PERSONNE

Alain Carignon, Président du Groupe d'Opposition, a une nouvelle fois alerté quant au danger de cette lubie, rappelant le prix de l'immobilier grenoblois très bas qui ne justifie pas cette mesure, et que l'appauvrissement massif des petits propriétaires ne changera pas pour autant la situation des locataires. "Le problème avec votre politique du logement est qu’elle est une addition de mesures qui se cumulent  négativement : densification massive, proportion excessive de logements sociaux, politique d’attribution de logements irresponsable, qui aboutissent à des locataires mécontents et des propriétaires spoliés [...] L’encadrement des loyers n’est pas la priorité. La priorité c’est de mettre en œuvre un autre urbanisme, une autre politique du logement, une synergie positive qui favorise à la fois le locataire par le nombre et la qualité des biens mis sur le marché, leur fluidité, et le propriétaire par la sauvegarde de la valeur de son bien", a-t-il conclu.

L'intervention d'Alain Carignon à propos de l'encadrement des loyers.

DÉBAT BRULANT AUTOUR DE GRENOBLE HABITAT

La délibération suivante concernait Grenoble Habitat. Eric Piolle, a d'abord cherché à vendre les actions de la ville à la métropole, qui a refusé. Il est désormais prêt à les brader à n'importe quel acheteur pour sauver son budget (une recette de 17 millions d'euros avait été inscrite au budget prévisionnel pour 2022, la recette est désormais repoussée à 2023). Pour empêcher la perte d'un bailleur social public, de proximité, figurait donc à l'ordre du jour du conseil une délibération pour recapitaliser la société et ainsi empêcher une entreprise privée d'en prendre le contrôle.

LES SALARIÉS SONT BALADÉS

Avant les débats, les salariés de Grenoble Habitat, qui manifestaient à l'ouverture du conseil, sont intervenus devant l'assemblée. Ils ont dénoncé le refus d'associer les salariés depuis l'origine de ce dossier et les 80 emplois menacés en cas de vente au privé, puis ont rappelé l'utilité d'avoir une Société d'Economie Mixte de proximité, qui permet d'avoir différents métiers et compétences pour gérer 4500 logements sur le territoire de la Métropole. "4 ans que nous sommes baladés", ont-ils conclu en appelant les élus métropolitains à prendre leurs responsabilités.

Les salariés de Grenoble Habitat présents à l'ouverture du conseil.

CHRISTOPHE FERRARI EXPLIQUE LA CROISADE SOLITAIRE D'ERIC PIOLLE

En préambule, le Président Christophe Ferrari (PS repenti) a explicité le calendrier imposé sans concertation par Eric Piolle qui a lancé un appel à manifestation d'intérêt pour tenter de trouver un acheteur avant noël. Le Président de la Métropole, expliquant que lui "n'est pas un trader", a réaffirmé la nécessité de conserver Grenoble Habitat pour atteindre les objectifs de logement fixés dans le PLH. D'où la proposition de recapitalisation des actions de la SEM. 

NICOLAS PINEL : "UNE HONTE POUR NOTRE MÉTROPOLE"

Nicolas Pinel, du groupe d'opposition, a étrillé les postures d'Eric Piolle et de son groupe, Nicolas Beron-Perez (élu en charge du logement) notamment : "les premiers à dénoncer le manque de logements, à dénoncer les manquements de l’état sur les hébergements d’urgence ou d’insertion [...] et, dans le même temps, vouloir vendre à un actionnaire privé un outil qui permet, de façon certes insuffisante à ce jour, mais qui permet la construction de logements sur notre métropole, au seul motif de faire de l’argent pour tenter de boucler un budget d’une ville qu’Eric Piolle a mis en faillite". Parce que l'avenir des locataires importe plus que les calculs de boutiquier d'Eric Piolle, Nicolas Pinel a annoncé que le groupe d'opposition (Alain Carignon, Dominique Spini et lui-même) voterait pour la sauvegarde de Grenoble Habitat en tant qu'entreprise publique.

Nicolas Pinel pendant son intervention.

ERIC PIOLLE S'ENFERME DANS SON DOGME

Fidèle à la caricature de lui-même, Eric Piolle a indiqué qu'il ne répondrait pas aux "Carignonistes", avant de s'en prendre à la "Macronie". Il a ensuite osé affirmer que "la politique de logement social n'est pas l'objet de ce conseil" (à quoi sert donc Grenoble Habitat ?), et a osé refaire le sketch de son attachement aux "biens communs" alors qu'il s'apprête à en brader un au plus offrant, quel qu'il soit. Sur la proposition de la Métropole de recapitaliser pour sauver la SEM, il a botté en touche en expliquant que ce n'est pas "une vente à la criée". Effectivement : la Métropole ne mettant pas suffisamment sur la table à son goût, il se réserve la vente à la criée pour d'autres...

ALAIN CARIGNON : "UN COMPORTEMENT SINGAPOURIEN"

Alain Carignon a enfoncé le clou, en dénonçant « un comportement singapourien » de la part d'Eric Piolle, qui se contente d'un raisonnement financier à court terme sur le dos des salariés, des locataires, et du territoire qui perdrait un outil majeur. Il a également rappelé la fuite en avant du Maire de Grenoble, qui a mis les finances de la ville dans le rouge et cherche désormais à vendre les bijoux de famille pour sauver son budget : Grenoble Habitat, mais aussi les actions de GEG et de la Compagnie de Chauffage. Soit des outils essentiels qui ont largement contribué à l'essor de notre ville.

L'intervention d'Alain Carignon à propos de Grenoble Habitat.

CHRISTOPHE FERRARI VA PLUS LOIN

Christophe Ferrari est ensuite allé plus loin, en révélant qu'il a contacté les autres actionnaires de Grenoble Habitat et qu'ils ne sont pas favorables à la disparition de la SEM... hormis un, qui a possiblement répondu à l'appel à manifestation d'intérêt de la ville pour récupérer l'outil ? Il a poursuivi en précisant que la proposition de recapitalisation est bien légale, n'en déplaise aux discours de la majorité grenobloise... et en proposant même un amendement pour que la proposition de recapitalisation permette à la métropole de devenir majoritaire et ainsi de sauver Grenoble Habitat.

LA DÉLIBÉRATION ADOPTÉE

La délibération et cet amendement ont finalement été adoptés par le conseil métropolitain, malgré le vote contre du groupe d'Eric Piolle (confirmant ainsi que pour eux, ce n'est qu'une question d'argent, la défense d'un outil de proximité n'entre pas en compte). Un camouflet pour Eric Piolle, qui se trouve ainsi mis en minorité à la métropole... où il siège pourtant dans la majorité.

UN REVERS DE PLUS

Sur ce dossier qu'il a voulu mener en solitaire, comme tous les autres, pressé par l'urgence de boucler un budget, il n'aura subi que des revers. Malgré la somme de casseroles qu'il accumule, Eric Piolle ne semble pourtant pas prendre la mesure de sa situation et persiste, seul contre tous, y compris ses amis politiques, à tenter d'imposer ses vues dès qu'il en a l'occasion. Jusqu'au jour où le vase débordera.

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