A.CARIGNON au « POINT »: « Les Grenoblois sont devenus des cobayes en temps réel et sans anesthésie »

« Éric Piolle a trompé sur la marchandise. Les Grenoblois sont devenus des cobayes en temps réel et sans anesthésie. Les décisions sont prises au détriment de la vie des habitants, ignorent leur impact économique, sur l’emploi, sur l’attractivité. Elles produisent une hécatombe commerciale avec des plans de circulation autoritaires, sans étude d’impact préalable. Je partage l’objectif écologique, mais les modalités pour y parvenir sont totalement contre-productives » répond Alain Carignon à Hugo Domenach qui l’interroge pour Le Point.fr

UN REGARD PLEIN D’HUMILITÉ, D’HUMANITÉ et de LUCIDITÉ SUR SES EXPÉRIENCES

Une interview forte qui permet à Alain Carignon de s’expliquer sur les projets de la société civile grenobloise, sur le bilan calamiteux de la municipalité Piolle et sur ses épreuves jetant un regard plein d’humilité, de lucidité  et d’humanité sur ses expériences. Ça nous change des donneurs de leçons par ailleurs actionnaires à Singapour et des politiciens locaux pas à la hauteur des enjeux de Grenoble.

« NOUS VOULONS INVENTER UNE NOUVELLE POLITIQUE de la VILLE » 

En effet Alain Carignon rappelle « Des Grenoblois de la société civile se sont engagés, ils veulent l’alternance à Grenoble. De mon côté,  j’apporte la connaissance du fonctionnement de la mécanique municipale et mon énergie est intacte. Ensemble, nous bâtissons des solutions. C’est un véritable big bang, une réforme de structure qui dégage de nouvelles recettes. Nous voulons vendre le patrimoine abandonné. Inventer une autre politique de la ville en installant la mairie, le maire et les services, les sièges des sociétés d’économie mixte (SEM), de la police municipale dans les quartiers, en réduisant la part de HLM à un tiers, les deux autres étant répartis entre ces activités et la vente de HLM aux occupants. Finis la gabegie et le clientélisme. » 

E.PIOLLE PROBABLEMENT UN DES 10 PLUS MAUVAIS MAIRES de FRANCE 

Il établit un bilan terrible du mandat d’Eric Piolle : « Il est probablement l’un des dix plus mauvais maires de France si on le juge sur des critères objectifs : dans sa catégorie, Grenoble est première pour l’impôt sur les ménages, première pour le taux de taxe foncière, première pour l’augmentation de la délinquance, première pour la baisse de la valeur des biens, et dernière pour le nombre de mètres carrés d’espaces verts par habitant ! La sixième pour les embouteillages, et une des rares où la pollution augmente encore ! Face à cela, la municipalité multiplie les opérations de com’ entre soi, les fêtes de tous ordres, et a supprimé certaines recettes par idéologie ! » 

LA BATAILLE POUR FAIRE RECULER LA DELINQUANCE DEMANDE du COURAGE et de L’EXPERIENCE 

Sur ses démêlés judiciaires il répond aussi : « C’est le seul thème répétitif de mes adversaires. Ils sont pour la deuxième chance, la réhabilitation, l’oubli, la réinsertion, sauf pour moi. Pourtant, dans une ville minée par la délinquance et un climat mafieux, avoir traversé tous les mondes me permet de mieux l’appréhender. Le maire de Montfermeil (en Seine–Saint-Denis, NDLR) a expliqué que la lutte contre la délinquance n’est pas un combat de bisounours. Il a dû mettre sa famille à l’abri pour la protéger. La bataille pour rétablir la sécurité à Grenoble et faire reculer la délinquance qui a pris le pouvoir et progresse dans l’économie demande du courage et de l’expérience. »

UN HOMME SE CONSTRUIT PAR COUCHES SUCCESSIVES, POSITIVES ET NEGATIVES 

Ajoutant : « Un homme se construit par couches successives, positives et négatives. Mais « l’expérience est une lanterne sourde qui n’éclaire que celui qui la porte ». Dans l’excellent livre Le Lambeau, Philippe Lançon cite Céline et traite ainsi de l’incommunicabilité après son drame. Je me débats dans un sentiment similaire : je dois faire comprendre que mon expérience est très utile à Grenoble. »

« QUI PEUT DIRE L’HOMME QU’IL SERAIT SANS CONNAITRE LA SITUATION ? » 

Il répond ainsi aux autres questions de Hugo Domenach:

Avez-vous fait le tri parmi vos amis ?

Non. On ne peut pas juger les autres. Dans l’histoire, des hommes ont été dreyfusards en 1900, et collaborateurs en 1940. Sont-ils bons ou mauvais ? Ils ont été bons et mauvais. Il y a eu des personnes qui m’ont lâché alors que je comptais sur elles, et d’autres qui m’ont soutenu alors que je n’y comptais pas. Qui peut dire l’homme qu’il serait sans vivre la situation ?

« CEUX QUI ME CONNAISSENT SAVENT QUI JE SUIS »

Sur qui avez-vous pu compter ?

Des amis précieux, mais inconnus, des hommes publics comme Luc Ferry, que j’admire, et qui m’a envoyé des livres. Bernard-Henri Lévy, toujours courageux, a bien résumé mon affaire dans une lettre en prison : « Vous avez fait un pas de trop dans l’époque suivante avec les sabots de la précédente ». Jacques Lang se manifestait auprès de ma femme régulièrement. Line Renaud, une amie ancienne et fidèle, ne nous lâchait pas. Matthieu Ricard m’a écrit et expliqué qu’il était plus valorisant d’être accusé injustement que d’être respecté en ne le méritant pas. BHL m’a accueilli chez lui à Marrakech à ma sortie, Line Renaud a organisé une petite fête chez elle avec notre ami Jean-Michel Jarre. J’ai été très touché par l’invitation à déjeuner d’Alain Terzian et de Christian Clavier se souvenant de mon combat pour l’exception culturelle. Ceux qui me connaissent savent qui je suis.

« JE NE PEUX PAS REVENDIQUER MON BILAN ET REJETER LES ERREURS »

Et chez les Républicains ?

Comme d’habitude, Nicolas Sarkozy toujours très solide, pas impressionné par les modes, a été très proche. Brice Hortefeux aussi évidemment. Ce sont des amis de longue date. Aujourd’hui, ils le demeurent, mais sans que cela n’interfère en aucune manière dans ce que je fais à Grenoble.

Avez-vous le sentiment d’avoir payé pour les autres ?

J’ai tout assumé, y compris les fautes des autres. Je ne peux pas revendiquer mon bilan, reconnu comme la période dorée de Grenoble, et rejeter les erreurs sur les autres. Mais je n’ai rien volé à la ville, puisque malgré les demandes de mes adversaires politiques, on ne m’a pas condamné à rembourser quoi que ce soit. J’ai été président du département, ministre, maire. J’aurais dû mieux contrôler ce qu’il se passait autour de moi et anticiper la fin de la période, alors que les financements politiques devenaient organisés légalement.

« MA CONVICTION GAULLISTE NE CHANGE PAS EN FONCTION DU VENT »

Êtes-vous proche de Laurent Wauquiez ?

Je le connais depuis qu’il a été ministre, et j’ai beaucoup d’estime pour lui. Il est aussi très important pour Grenoble, car la ville va avoir un impérieux besoin de la Région.

L’étiquette LR ne constitue-t-elle pas un handicap, alors que le parti est en difficulté, et que Grenoble présente une sociologie électorale de centre gauche ?

Ma conviction gaulliste ne change pas en fonction du vent. J’ai été jeune gaulliste en 68 contre la quasi-totalité de ma génération. Les Grenoblois savent que je n’ai jamais été sectaire, mais que je ne triche jamais sur mon engagement personnel. Mon sujet, ce n’est pas d’installer LR à la mairie. Si je montais une liste, je voudrais que les partis soient ultra-minoritaires. Que la société civile représente 80 % de la liste. Mon objectif n’est pas de remplacer un dogme par un autre.

« JE SUIS UN AMOUREUX de la VILLE » 

Êtes-vous un homme apaisé aujourd’hui ?

Intérieurement (il marque une hésitation)… oui, plus que je ne l’étais. Mais je suis un apaisé passionné. Un amoureux de la ville. L’amour est irrationnel, il y a de la tension, on y pense tout le temps, on se demande si on va satisfaire l’objet de ses sentiments. Avec une telle incertitude permanente, on ne peut pas être totalement zen !

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