A DEMAIN DE GAULLE … par Alain Carignon

En ce mois anniversaire de la mort de Charles de Gaulle et alors qu’Eric Piolle s’est rendu sur la tombe du Général avec Anne Hidalgo Maire (PS) de Paris, Alain Carignon nous livre son témoignage de gaulliste engagé à 18 ans que nous avons illustré de photos inédites puisées dans ses archives personnelles. Il nous fait revivre le courage de l’engagement contre les diktats. Les inter-titres sont de GLC.
FT

 

“Il y avait peu de monde place de Verdun en mai 1968 pour soutenir le Général de Gaulle au pouvoir. Ma génération chantait  “De Gaulle c’est fini” et hurlait “CRS SS”. Nous étions moins d’une quinzaine de jeunes gaullistes sur 25 000 étudiants.

“A l’université le marxisme faisait office de  langue quasi- officielle et même en économie le professeur se revendiquait de cette doctrine envoyant  des générations d’étudiants à la casse.  Elle imprégnait aussi tout le réseau alors dense de l’éducation populaire : au foyer de Jeunes Fernand Texier à St Martin d’Hères auquel j’adhérais il était difficile d’y échapper. D’instinct, hors de tout raisonnement,  j’ai tout de suite été révulsé par cette culture dominante face à laquelle, solitaire, superbe et digne le Général de Gaulle se dressait.

“UN JEUNE BANLIEUSARD AVAIT TRACÉ des CROIX de LORRAINE sur les MURS de ST MARTIN d’HÉRES”

“C’est à cette date que j’ai fait la connaissance de la préfecture de l’Isère. Les Renseignements généraux avaient du signaler qu’un jeune banlieusard avait tracé des croix de Lorraine sur les murs de sa commune et le représentant de l’Etat m’avait fait pêcher. Aux côtés d’un éclopé de je ne sais quelle guerre, un commerçant, un VRP, un ouvrier … je me retrouvais chaque semaine dans le bureau du Préfet  Louis Verger pour échanger “nos informations” !

“L’Etat s’était effondré  et plus personne ne soutenait  De Gaulle. Les CRS campaient dans la préfecture en prévision de je ne sais quel assaut.  A 19 ans j’apprenais une leçon qui ne me quittera plus : en matière d’engagement public, en toutes circonstances, il faut défendre ce que l’on croit vrai au plus profond de soi-même. Ne pas sacrifier l’exigence de vérité à la construction d’une image ou d’une carrière.

“LA GAUCHE LOCALE NE SE PRÉCIPITAIT PAS POUR ENTOURER André MALRAUX” 

“Un an auparavant, en 1967, j’avais déjà ressenti le poids écrasant de la bien pensance à front de taureau.  J’avais pu, à 18 ans, m’entretenir aisément avec André Malraux venu inaugurer la Maison de la Culture. La gauche locale se tenait à distance du Ministre et de l’intellectuel que sa seule proximité avec De Gaulle rendait sulfureux. Snober l’auteur de la “Condition humaine” relevait de l’élégance suprême. Je suis heureux d’avoir secrètement réparé l’outrage, bien plus tard, en lui donnant le nom d’une place emblématique  à Grenoble.  

“ÊTRE GAULLISTE VOUAIT à la MARGINALISATION, au RINGARDISME, ASSIMILAIT AUX FACTIEUX”

“Être gaulliste alors vouait à la marginalisation, au ringardisme et assimilait aux factieux. Regardé de haut et maintenu à distance. On perdait la qualité de citoyen -le mot n’était pas à la mode- comme  quelqu’un qui contesterait aujourd’hui la “transition écologique”. Dans ces années là,  même Pierre Mendés-France, par l’intermédiaire de Claude Magnan,  journaliste du Dauphiné Libéré qui avait organisé le déjeuner, m’avait fait le privilège de m’expliquer longuement combien -de plus à mon âge- il serait calamiteux de demeurer  gaulliste.

“Tout  était -déjà- à la révolution. Ou aux révolutions. La soviétique rassemblait la masse écrasante  des communistes à laquelle ne s’opposaient que “les chiens” selon la formule de Jean-Paul Sarte. Par une sémantique de répétition et une pression physique le PCF avait réussi à symboliser tout à la fois la résistance, le peuple exploité et la liberté de la culture !   En 1967 et 1968 soutenant naïvement les candidats de De  Gaulle, dont son Ministre Jean-Marcel Jeanneney, il m’était impossible de dormir chez moi à St Martin d’Hères ou les gros bras m’attendaient toute la nuit.

LE MARXISME et SES DÉRIVÉS ÉCRASAIT TOUT 

“Mais les trotskistes minoritaires pratiquant l’entrisme s’agitaient aussi,  puis les partisans de la Révolution Culturelle et du petit livre Rouge de Mao qui tenaient réunions à Grenoble à partir d’une cellule active du quartier Saint Bruno : leur porter la contradiction en évoquant les centaines de milliers de morts me faisait traiter de “nervis de  De Gaulle”. Un peu plus tard j’en retrouverai  du même type pour soutenir le “Kampuchéa Démocratique”…

“EN 1969 J’AI PARCOURU L’ISÈRE DE MJC EN SALLES de MAIRIES VIDES…” 

“En 1969 il n’y avait personne pour animer le soutien au “oui” du référendum proposé par De Gaulle. Et presque personne pour  assister aux réunions. Je me souviens avoir parcouru l’Isère de MJC en salles de mairie vides pour expliquer les vertus de la réforme dans l’indifférence et le dénigrement.

“LE 27 AVRIL 1969 LES YEUX MOUILLÉS PAR LA PLUIE et les LARMES”

“Et puis le 27 avril 1969,  alors que je n’étais rien qu’un jeune gaulliste de St Martin d’Hères, le Préfet Louis Verger me demanda de venir attendre les résultats du référendum fatal avec lui dans son bureau. Avec sa femme à ses côtés il coloriait les départements en bleu et rouge suivant que le “oui” ou le “non” l’emportait. Puis en fin de soirée quand tout fut dit, il ferma ses cahiers, se raidit, envahi par une immense tristesse silencieuse et une émotion qui nous étreignait. Je m’éclipsais par un petit couloir et rentrais chez moi à pieds comme à mon habitude qui ne m’a plus jamais quitté, mais les yeux mouillés autant par la pluie de cette nuit là que par les larmes.

“LE MENHIR ÉTAIT ENFIN ABATTU

“Le menhir était enfin abattu par tous ceux qui le combattaient depuis 10 ans. Il ne s’était trouvé pratiquement aucune personnalité de gauche marquante pour le soutenir pendant toute cette période ou la France se redressait et rayonnait,  portant haut et fort ses valeurs au monde. Le nombre des intellectuels, écrivains, artistes s’affichant gaulliste se comptait sur les doigts d’une main. Toute la presse -même le Figaro- lui était hostile.

LE 12 NOVEMBRE AU VOLANT de MA 4 L à COLOMBEY les 2 ÉGLISES 

“Enfin le 12 novembre 1970 au volant de ma 4L avec trois compagnons je suis arrivé vers 5 heures du matin à Colombey les 2 églises pour assister aux funérailles de Charles de Gaulle et simplement voir passer son cercueil sur un char, suivi de ses fidèles dont la légende Romain Gary, un écrivain que j’admire,  engoncé dans sa tenue d’aviateur. Je me répétais une de mes phrases fétiche de Charles de Gaulle: “Vieil homme, recru d’épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l’ombre la lueur de l’espérance!”

“A CHAQUE ÉTAPE JE ME RAFFERMIS DANS LA PROFONDEUR de MES ENGAGEMENTS INITIAUX”

“C’est pourquoi j’observe  silencieux  depuis une vingtaine d’années la comédie de sa récupération politique  de la part de ceux qui ont participé ou sont les héritiers politiques de cette vendetta permanente et acharnée contre le fondateur de la Ve me République. Qui l’ont traité de tout.A chaque étape je me raffermis dans la profondeur de mes engagements initiaux.

“LE JEUNISME COMBLE TOUJOURS LE VIDE SIDÉRAL de la PENSÉE” 

“Rien n’a changé. Les acteurs et les poncifs sont les mêmes. Le “jeunisme” comble toujours le vide sidéral de la pensée. En 1969 un homme de 79 ans portait la vision la plus moderne de la société face à ce refuge insipide de  la dénonciation de l’âge.  

“Avec le temps, comme  De Gaulle s’est imposé, avec la légèreté qui les caractérise,  les politiciens  surfent sur sa vague alors qu’ils piétinent les courants de fond dont il était le porteur:  l’indépendance de la Nation, les valeurs de cohésion Républicaine, l’autorité de l’Etat.

“CETTE SOIF D’IMPOSER UN MODÈLE FORMATÉ AU NOM du BONHEUR POUR DEMAIN” 

“Toujours à la recherche d’une réponse totalitaire à la question du monde, ils ont transformé les réelles questions environnementales en  nouveau dogme. Ils peuvent ainsi continuer à chercher à assouvir cette soif  inextinguible d’imposer un modèle formaté au nom du  bonheur pour demain, à une population récalcitrante, parce que mal éclairée.

“Tout procéde à nouveau d’un seul paradigme auquel tout et tous doivent se soumettre sous peine d’être rejetés dans les ténèbres et relégués dans le rebut de la population. S’y ajoute l’indispensable damné de la terre qu’est devenu le migrant ou l’islamiste: avec cette nouvelle lutte des classes les anti-gaullistes ont retrouvé le confort de la bonne posture. 

“UNE CHAPE de PLOMB S’EST ABATTUE SUR LES FRANCAIS” 

“Comme dans les années 70 une chape de plomb s’est abattue sur les Français qui ne peuvent penser autrement que sous le boisseau, en privé et pas trop fort. Le débat est interdit. La marche forcée.

“Sauf que les fondamentaux n’ont pas changé. Le besoin de racines, de valeurs partagées, de sentiment d’appartenance, de destin collectif  et de dépassement ne trouvent pas de réponse dans cette nouvelle Intelligence Artificielle de la politique .

“Il manque un De Gaulle pour incarner cette permanence . Car ces sentiments pénètrent toujours l’océan de nos vies par des courants de fond, irriguent notre for intérieur, échappant à  la surface de la mer sur laquelle les regards restent braqués.

CEUX QUI VEULENT DURER EN PASSANT ENTRE LES GOUTTES 

“Dans son remarquable” A Demain De Gaulle” Régis Debray tire un trait sévère sur Mitterand et ceux qui veulent durer en passant entre les gouttes, préférant De Gaulle  qui “prenait les lames de face, vent debout”. 

“Il a le courage d’avouer son erreur d’analyse de jeunesse. Le vrai révolté était l’homme  auquel il a refusé de tendre la main quand le Chef de l’Etat s’est rendu à la traditionnelle cérémonie de l’école de la rue d’Ulm. Régis Debray reconnait  que De Gaulle se plaçait  dans une perspective historique et qu’en cela il était toujours en phase avec les profondeurs de la Nation.

“IL NE SUFFIT PAS DE LUI FAIRE SES DÉVOTIONS”

“Il ne suffit pas de lui faire ses dévotions. De se rendre sur sa tombe. Il faut d’abord reconnaitre la faillite des générations et des forces politiques qui ont conduit des millions de jeunes à soutenir des doctrines totalitaires et à s’opposer à lui.

“Il faut ensuite renouer avec les fondamentaux du Gaullisme  afin de redonner sa cohésion  à la Nation par le sentiment d’appartenance et rendre son autorité à l’Etat, représentant l’intérêt général.

“LA SEULE QUERELLE QUI VAILLE C’EST CELLE de L’HOMME” 

“Renoncer aux vieilles lunes de la société idéale et de l’homme parfait imposés par une avant garde éclairée ,antichambre des régimes autoritaires et répressifs.  Faire confiance à l’homme, à son génie et à sa créativité car “la seule querelle qui vaille, c’est celle de l’homme, c’est l’homme qu’il s’agit de sauver, de faire vivre et de développer” (Charles de Gaulle).

“Oui, à demain De Gaulle.”

Soutenez le collectif : partagez cet article et faites découvrir le site à vos proches !

3 Commentaires

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *