PIOLLE EN APPEL, JOUR 1 : LA MACHINE S’ENRAYE

Le procès d'Eric Piolle en appel pour l'attribution de marchés de la fête des tuiles s'ouvrait hier à Grenoble. Retour sur cette première journée. 


Pour relire les comptes-rendus de la première instance à Valence en septembre dernier, rendez-vous ici et ici. En complément avant lecture de cet article, vous pouvez aussi lire celui-ci et celui-là.


UN COMITÉ D'ACCUEIL POUR LE MAIRE

Eric Piolle avait demandé le dépaysement du procès, mais la cour de cassation a rejeté sa demande confirmant qu'il aurait bien lieu à Grenoble. Pour l'occasion, le groupe Facebook SaccageGrenoble avait organisé un comité "d'accueil" pour le Maire, pancartes et slogans à l'appui permettant aux habitants de lui signifier tout le bien qu'ils pensent de sa politique. Courage fuyons : Eric Piolle est venu au palais de justice excessivement tôt pour rentrer se réfugier dans la salle (plongée dans le noir !) et éviter d'affronter les Grenoblois.

"Piolle est une tuile", "Notre argent part en Fusées", "Singapour, Fusées, mes amours"...

LES PRÉVENUS À LA BARRE

Appelés à se mettre en rang d'oignon à la barre, les 7 prévenus étaient présents : Eric Piolle, Erwan Lecoeur (alors directeur de la communication de la ville), Pascal Auclair (directeur de Fusée), Agnès Billat (Présidente de Fusée), Paul Coste (alors directeur général adjoint de la ville), François Langlois (alors directeur général des services) et Carmen Godet-Contamin (alors employée au service achat de la ville). La Présidente a également invité les conseillers municipaux de l'opposition présents (Brigitte Boer, Dominique Spini, Chérif Boutafa) ayant formulé une demande de constitution de partie civile à s'asseoir au premier rang. Pour le plus grand déplaisir de la défense : l'entre-soi de la première instance à Valence était rompu ! 

Me THOMAS FOURREY ABOIE

L'audience a commencé par l'examen de la requête en irrecevabilité de la constitution de partie civile du groupe d'opposition présidé par Alain Carignon. Requête déposée par l'avocat de l'adjoint au Maire Vincent Fristot (absent), pilier des rouges/verts, représentant la ville partie civile (une partie civile protectrice du Maire qui voit forcément d'un mauvais œil la volonté de participer au procès d'une partie civile sans concessions). L'avocat d'Eric Piolle, Me Thomas Fourrey, est venu en appui de cette demande d'irrecevabilité, vociférant et aboyant comme un roquet contre ce qu'il considère comme une "partie civile fantoche et clownesque", des "nouveaux envahisseurs" qui seraient motivés par des considérations médiatiques (il n'avait pas digéré l'article du Figaro que vous pouvez consulter ici...) et des "conseillers municipaux oisifs qui ont du temps à perdre" ! C'est tout juste s'il n'avait pas la bave aux lèvres, décrétant que "le débat est technique", et exigeant "qu'on s'arrête là et qu'on tranche cette question". Peine perdue : comme le demandait l'avocat du groupe d'opposition Me Thierry Aldeguer, les juges ont décidé de joindre l'incident au fond, lui permettant de participer aux débats.

LES LARMES DE CROCODILES 

Après un long rappel des faits, Eric Piolle a été le premier interrogé. Comme en première instance, il a affirmé être à l'aise avec ce qu'on fait ses services, jouant au chef de l'administration au courant de rien, affirmant n'avoir participé qu'à deux moments de l'élaboration de la Fête des Tuiles, et n'avoir jamais été alerté. Comme s'il n'avait jamais eu vent, par exemple, de la commission d'appels d'offres du 9 mars 2016, où Anouche Agobian, conseillère d'opposition qui siégeait, avait demandé à ce que soit mentionnée son refus de voter les marchés : "la procédure choisie est contestée au motif que la prestation artistique objet du marché s’apparenterait à une organisation évènementielle soumise comme telle à la concurrence". Poussé par les questions de son avocat, Eric Piolle s'est même mis à pleurer pour tenter d'avoir la cour à l'émotion. Il n'en a pour autant pas oublié son sectarisme habituel, indiquant à la Cour après une question de Me Aldeguer qu'il ne "souhaite pas répondre aux questions de l'avocat de M. Carignon". 

Source SaccageGrenoble

AUCLAIR : LES "PETITES" OMISSIONS D'ERIC PIOLLE...

Il a affirmé n'avoir rencontré qu'une fois, pendant la campagne, Pascal Auclair, le directeur de Fusée. Lui qui a aussi assuré aux juges avoir une excellente mémoire fait de drôles d'omissions : Pascal Auclair était présent et organisait plusieurs de ses évènements de campagne (des "disco soupes" où on les voit en photo ensemble et des déambulations), a tenu une réunion avec lui le 13 mars 2014 puis l'a accueilli pour 2 réunions dans ses locaux juste après l'élection début avril. Il l'a aussi revu au moins une fois, en janvier 2015, à un évènement où Piolle affirme à Auclair que son projet de fête des tuiles "correspond totalement à ce qu’il veut faire" selon l'aveu de Marielle Imbert, l'autre co directrice de Fusée. Tout ceci fait un peu plus "d'une fois"...

"J'AI PLEIN DE COPAINS DANS LA MAGISTRATURE"

Piolle s'est également payé le luxe de s'attaquer au procureur, estimant "qu'il aimerait bien qu'on soit condamnés" dans une interview au Dauphiné en marge du procès. Ajoutant en visant le Procureur Général Christophe Barret que "il n’est pas indépendant, son chef c’est le Ministre de la Justice".. À la Cour, il a affirmé avoir "plein de copains dans la magistrature" et que personne n'a su lui expliquer pourquoi il était en appel ! Il s'est aussi permis de juger les réquisitions du parquet (très à charge contre lui) comme étant "malaisantes", soulignant qu'il n'aime pas la terminologie qui consiste à répéter qu'il a oublié telle ou telle chose... C'est pourtant bien ce qu'il voudrait faire croire !

UNE CURIEUSE LECTURE DU CALENDRIER JUDICIAIRE

Il a également osé parler de "calendrier perturbant", déplorant le fait d'avoir dû aller chercher sa convocation au tribunal le lendemain de sa défaite à la primaire des verts. Un peu gonflé quand on se rappelle les délais de confort qui lui avaient été accordés par le Procureur Alex Perrin pour justement ne pas perturber sa campagne électorale... Alors qu'il critiquait aussi le fonctionnement de la chambre régionale des comptes qui avait la première signalé les faits au Procureur (il a avoué à la cour avoir appelé la CRC vérifier si la procédure émanait d'eux "ou de M. Carignon et ses sbires" !), il s'est fait sèchement recadré par l'avocate générale qui lui a rappelé qu'il s'agissait d'une procédure habituelle. 

OLIVIER BERTRAND : LES ABSENTS ONT TOUJOURS TORT

C'est donc un Eric Piolle qui ne connait personne et qui signe ce qui lui arrive sans faire attention qui a voulu se présenter aux juges. Il s'est aussi beaucoup défaussé sur l'adjoint en charge de l'évènementiel à l'époque, Olivier Bertrand, absent des débats et jamais entendu dans le cadre de l'enquête (!), expliquant que c'était lui l'élu qui suivait et qu'il ne l'a jamais alerté. Les absents ont toujours tort... Erwan Lecoeur, ancien directeur de la communication, s'est aussi beaucoup déchargé sur Bertrand pour se dédouaner (et sur Nordin Lakhal, alors directeur du service juridique, également absent, qui selon les prévenus aurait donné son feu vert pour la procédure alors que l'intéressé a expliqué que non lors de son audition pendant l'enquête...). 

Les traits tendus d'Eric Piolle au procès.

ERWAN LECOEUR MALMENÉ

Il était entendu juste après Piolle et a été sévèrement malmené. Critiquant des "médias locaux malintentionnés", tentant de s'adresser à la presse en pleine audience, la Présidente l'a rappelé à l'ordre en lui expliquant que ce n'est pas une tribune politique (rappelons ici que les mêmes voudraient faire croire que c'est l'opposition partie civile qui instrumentalise !). Le chef d'orchestre de la campagne des verts en 2014 devenu ensuite directeur de la communication de la ville a tenté la même fable que Piolle, expliquant qu'il ne comprenait pas trop ces nuances juridiques et avançait sans se poser de questions. Des réponses qui ont agacé la Présidente : "vous êtes le deuxième qu'on entend, je veux bien que tout le monde signe sans savoir mais à un moment ça a des conséquences". Olivier Bertrand étant encore désigné comme élu décisionnaire, elle a également rappelé qu'il n'était curieusement pas question de lui dans les auditions des uns et des autres pendant l'enquête... Lecoeur a également affirmé qu'il n'avait aucun doute quant au fait que seule Fusée pouvait répondre au besoin ("quand on veut un concert de Johnny, il faut Johnny"...)... effectivement puisque c'est Fusée qui avait défini le besoin (voir plus bas l'aveu de Madame Contamin). 

LE FANTASME DE LA RUMEUR

Interrogé par Me Aldeguer sur ses liens avec Fusée, Erwan Lecoeur a (mal) surjoué l'indignation en expliquant n'avoir rencontré qu'une seule fois Marielle Imbert (co fondatrice de l'association) à un diner en 2010 et que la droite locale aurait propagé des rumeurs selon lesquelles il était son amant (on aimerait bien savoir de quelles rumeurs il parle, ces bruits n'étant jamais arrivés jusqu'à notre collectif ?). Une manière de noyer le poisson et de faire oublier tout ce petit milieu jamais très éloigné : Marielle Imbert, qui deviendra la compagne de Pascal Auclair, était en couple en 2010 avec Gaël Roustan... qui deviendra lui-même directeur de cabinet d'Eric Piolle en 2014. 

CARMEN CONTAMIN SE FAIT PIÉGER SUR LA PRESTATION ARTISTIQUE

La journée s'est clôturée par l'audition de Carmen Contamin, qui était alors acheteuse au service achat de la ville et a suivi la fête des tuiles en 2015 et 2016 en achetant le spectacle de Fusée. Elle a convenu qu'à l'époque, elle s'était posé des questions sur la qualification du marché. Avant de finalement se persuader que c'était une prestation artistique... au motif qu'il y a un metteur en scène et que seul Pascal Auclair et Fusée pouvaient mener à bien le projet. Un juge lui a demandé pourquoi il n'y avait que lui, qui avait défini les critères. Madame Contamin n'a eu d'autre choix que de répondre, gênée... Pascal Auclair. La boucle est bouclée : évidemment qu'il était le seul à pouvoir répondre à la prestation puisqu'il en avait au préalable défini le contenu... 

LE REFUS DE VISA EN CAUSE

Un mail a beaucoup fait parler de lui : celui d'une responsable du service marchés publics refusant de donner son visa pour la procédure. La défense en a une interprétation très différente, tentant d'expliquer qu'en fait la signataire du mail signifiait à ses destinataires qu'ils pouvaient faire à peu près comme ils veulent. À un avocat de la défense défendant cette thèse, celle de l'absence de refus de visa, la Présidente signifiera qu'il y a plusieurs manière d'interpréter ce mail et qu'elle ne le lit pas forcément de la même manière qu'eux. Un autre petit camouflet pour le camp Piolle. 

CHANGEMENT D'AMBIANCE DEPUIS VALENCE

Deux principaux enseignements sont à retenir par rapport au procès en première instance à Valence. Premièrement, les débats ont été moins techniques et ont plus porté sur les différentes contradictions qu'il peut y avoir dans les versions des uns et des autres, sur la question des liens et du processus décisionnel notamment. Deuxièmement, les juges et l'avocate générale se montrent plus inquisiteurs, n'hésitant pas à mettre en difficultés les prévenus interrogés. 

LA SUITE AUJOURD'HUI

Le procès reprend aujourd'hui à 9h30 à la Cour d'Appel. Il débutera par les auditions des 4 derniers prévenus, puis ce sera le tour des plaidoiries et des réquisitions. Rendez-vous demain pour notre compte-rendu de cette dernière journée.

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