VÉLO : LA RÉALITÉ DERRIÈRE LES LOUANGES

Une pleine page du Dauphiné Libéré (06/01/23) vante la hausse de la pratique du vélo à Grenoble. Sur des bases contestables, et sans se demander si c'est vraiment le signe d'une politique de mobilités vertueuse. 

LE DAUPHINÉ RELAYE LA PROPAGANDE SANS SE QUESTIONNER

Jean-Benoit Vigny, journaliste DL, consacre ainsi près d'une page à expliquer que la pratique du vélo explose à Grenoble. Il se base pour cela sur les 24 capteurs à vélos installés dans la Métropole. Ce qui pose un premier souci : une hausse des passages devant les capteurs permet-elle vraiment de conclure à une hausse de la pratique ? Car les compteurs sont installés sur des lieux faits pour connaitre un fort trafic cycliste, comme les autoroutes à vélos. À mesure que ces autoroutes se développent, il est logique que les cyclistes se tournent davantage vers elles que vers d'autres trajets moins adaptés. Il y a donc un afflux sur ces axes, faits pour attirer les vélos, mais on ne peut pas en déduire automatiquement "une croissance de la pratique". Il est également curieux que les élus municipaux qui dénoncent pourtant les pratiques sociales d'Uber Eats et Deliveroo ne s'interrogent pas sur l'impact sur les compteurs des multiples passages des livreurs à vélo, qui se sont multipliés ces dernières années avec l'explosion de cette pratique.

LA PART MODALE DU VÉLO RESTE FAIBLE...

Très concrètement, 11 300 000 passages ont été enregistrés devant les 24 compteurs cyclistes en 2022. Soit environ 31 000 passages par jour au total. Ce qui représente 15 500 cyclistes effectuant un trajet domicile-travail : rapporté aux près de 450 000 habitants de la Métropole, on voit bien la goutte d'eau que cela représente. La dernière grande enquête mobilité révélait d'ailleurs que le vélo représente aujourd'hui 7% des transports dans la Métropole (12% à Grenoble). On est loin de la promesse de Yann Mongaburu, alors Président du SMMAG, en 2014 : il voulait "tripler la part modale du vélo d’ici 2020", alors de l'ordre de 4%. Raté : il n'aura même pas réussi à la doubler. Inutile donc de tomber en pâmoison devant des grands pourcentages d'augmentation, vue l'utilisation très basse dont nous partons (moins d'1 métropolitain sur 10 !).

Intervention d'Alain Carignon, Président du Groupe d'Opposition, en conseil métropolitain pour rappeler les chiffres de parts modales et le décalage entre les discours et la réalité.

... ET SON AUGMENTATION SE FAIT AU DÉTRIMENT DES TRANSPORTS EN COMMUN

Jean-Benoit Vigny effleure tout de même un autre problème majeur dans son article. Il constate que les records des compteurs de vélos ont été battus les jours de grèves des transports en commun. Comprendre : les usagers qui se tournent vers le vélo sont ceux qui utilisaient les bus ou les trams jusque-là. Ce qui signifie qu'on pédale dans le vent : pour une politique de mobilité vraiment durable, il conviendrait que ce soit les utilisateurs du moyen de transport le plus polluant (la voiture) qui se tournent vers le vélo ou vers les transports en commun. Mais la cible est manquée. Les transports en commun représentent 16% de part modale dans la Métropole : un chiffre qui stagne depuis 10 ans (le nombre de déplacements s'est même réduit). Pendant ce temps, la part modale de la voiture est de 41%. Elle reste le premier moyen de transport métropolitain (et ses usagers ne se tournent pas vers le vélo !). La faute à une politique de développement des transports en commun au point mort depuis la mandature Piolle/Mongaburu.

Les parts modales de la Métropole. Pas de quoi se jeter des fleurs. Source : Enquête mobilité 2019/2020

TOUJOURS RIEN POUR LES PIÉTONS QUI REPRÉSENTENT LA MAJORITÉ DES DÉPLACEMENTS

Et comme d'habitude, personne ne s'intéresse au mode de déplacement le plus écologique qui soit : la marche à pied. Pourtant, les piétons représentent 43% des déplacements à Grenoble, loin devant tous les autres moyens de transport. Mais rien n'est fait pour favoriser cette pratique vertueuse. Dans sa présentation du plan CVCM pour tripler la part modale du vélo lors du précèdent mandat, Yann Mongaburu s'appuyait même sur des projections qui visaient à réduire le nombre de piétons à Grenoble. Une hérésie qui montre bien que les rouges/verts sont avant tout animés par la volonté de faire du symbolisme autour du vélo. En plus des problèmes de voiries peu accessibles, de trous dans la chaussée, des deux-roues sur les trottoirs, les piétons sont même pénalisés par les aménagements cyclables, au nom desquels on sacrifie tout. Devant la Mairie par exemple, la réalisation de l'autoroute à vélo qui longe le parc Paul Mistral fait qu'il est devenu plus dangereux pour un piéton de traverser la piste que de traverser le boulevard Jean Pain. Aucun marquage, aucun feu n'intime au cycliste de s'arrêter et la visibilité notamment lorsque la nuit tombe laisse clairement à désirer.

Les vélos sur les trottoirs, autre fléau majeur pour les piétons.

À QUAND UNE POLITIQUE DE MOBILITÉS ÉQUILIBRÉE ?

Il serait temps de prendre en compte les besoins de tous les usagers de la route, et notamment les piétons, pour la construction des plans de mobilité. La politique du "tout vélo", en attirant au mieux que les usagers des transports en commun, présente le double inconvénient de ne pas avoir d'impact significatif sur la pollution (pas de report des automobilistes vers le vélo), et de se faire au détriment des piétons. Mais le vélo est devenu un totem de la Municipalité Piolle qui, à grand renfort de communication, a fait infuser l'idée que vélo = écologie. Ils poursuivent donc dans la politique du symbole dénuée d'effets concrets pour le climat, voire créatrice de problèmes pour les autres usagers. Si la Municipalité tenait vraiment à faire progresser Grenoble, il faudrait à minima un ambitieux plan piéton pour faciliter et sécuriser les trajets (avec notamment la réfection des voiries et des contrôles de la circulation des deux-roues en zones piétonnes et sur les trottoirs), et des investissements massifs pour le développement du réseau de transports en commun et des parkings-relais (seule solution pour baisser la part modale de la voiture). On en est (très) loin, et il y aura fort à parier qu'à la fin du mandat d'Eric Piolle, tout restera encore à faire.

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