« AU GRAND TIMONIER, NOTRE MAIRE VÉNÉRÉ » Un Grenoblois écrit à E.Piolle

prosternationAu grand Timonier, notre Maire vénéré,
Moi, pauvre vermisseau grenoblois, j’ose m’adresser à votre Grandeur pour solliciter de votre générosité connue bien au-delà de notre territoire, qu’elle m’accorde la possibilité de pétitionner. Non le droit, car celui-ci n’appartient qu’à vous seul .

Évidemment pas contre votre haute personnalité. Aucune raison objective relative à votre politique ne justifie de la contester. Seule une frange de factieux pourrait se livrer à ces extrémités. Je n’ai ni cette appartenance, ni cette outrecuidance, ni cette inconscience.

« LA PRÉHISTOIRE, AVANT VOTRE AUGUSTE ARRIVÉE QUE NOUS LOUONS « 

Malgré ma petitesse, j’ai la vanité de croire avoir partiellement compris votre vision planétaire du XXI ème siècle. Mais je vous rassure, vous n’avez pas à faire à un fou. Je sais mes lacunes et l’impossibilité qui est la mienne de saisir toutes les forces et les subtilités de votre pensée, moi, pauvre grenoblois de base, encore réduit à utiliser sa voiture (mais pas tout le temps) à cause de besoins familiaux et de travail dignes de la préhistoire, celle d’avant votre auguste arrivée que nous louons tous les jours.

 » JE VOUS CONCÉDE QUE JE SUIS BIEN HONTEUX » 

Je vous le concède et j’en suis bien honteux. Si je pouvais me sacrifier pour vous et la planète je le ferai bien volontiers en renonçant à mon travail et à ma famille. Mais faible, incapable de saisir la plénitude de ces enjeux qui me dépassent, j’assure le présent de mes proches et je l’avoue, car j’espère vous convaincre par ma sincérité, égoïstement, également le mien. Même si je suis assez solidaire de nombre de causes, si je participe à la défense de certaines d’entre elles, je connais mes limites et pour une part ces actions me donnent bonne conscience dans mon relatif confort de vie.

 » LA CONFESSION PUBLIQUE DEVIENDRA INÉLUCTABLE « 

Vous voyez je ne vous cache rien . J’ai bien compris qu’à Grenoble, dont vous faites l’avant garde éclairée, la confession publique deviendra inéluctable afin que chacun avoue ses fautes. Il n’y pas d’autre moyen d’avancer  vers le monde nouveau que vous nous préparez avec héroïsme , lequel verra le jour autour de l’an 2050.

 » J’AI APPLAUDI A LA DÉNONCIATION DES COMMERÇANTS »

Au passage, contrairement à une minorité non représentative qui s’était exprimée vivement, j’avais applaudi à votre idée de faire dénoncer nommément les commerçants et demandé de les boycotter. Ils affichaient des slogans hostiles à cette politique d’avenir dont ils ne saisissent aucunement l’envergure accrochés qu’ils sont à la survie de leurs boutiques.

 » PAS PLUS VOUS ATTEINDRE QUE LA BAVE DU CRAPAUD N’ATTEINT LA BLANCHE COLOMBE »

Ne prenez pas cette réserve comme une improbation car vous n’avez peut être même pas été consulté par vos collaborateurs qui ont stoppé cette action salutaire de dénonciation. Selon mon opinion – pour le peu que celle ci puisse effleurer votre univers inaccessible au commun – l’accusation d’utiliser des méthodes de Vichy ne pouvait pas plus vous atteindre que la bave du crapaud n’atteint la blanche colombe.

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«  VOS JUSTES VISIONS PRÉALABLES MÊME A VOTRE NAISSANCE PUBLIQUE »

J’habite une de ces rues dans lesquelles vous voulez étendre la splendeur et réussites cumulées de ces zones piétonnes de plus en plus larges qui ne peuvent donc être fréquentées que par l’accès fourni par cette autre témoignage de vos justes visions, préalables même à votre naissance publique ce qui en dit long sur la prépondérance de votre pensée, à savoir les transports en communs.

 » LA VOLONTE GÉNÉRALE QUE VOUS INCARNEZ SI BIEN, AVEC CLASSE ET CHARISME »

On ne voit évidemment pas pourquoi d’autres personnes, éventuellement avec des moyens financiers plus élevés pourraient les fréquenter avec des transports différents du plus grand nombre ? De quel droit feraient-elles passer leur mode de vie avant ce que vous savez être leur intérêt à long terme. Leur persistance à aller à l’encontre de cette volonté générale que vous incarnez  avec tant de classe, de clairvoyance et de charisme, mériterait,selon moi , que vous énonciez des sanctions encore plus sévères: quand je vois ces automobilistes essayer de se faufiler rue Casimir Brenier par milliers chaque jour pour éviter l’entonnoir créé à la Bastille avec Jaurès et Gambetta, et donc d’une certaine manière oser s’opposer avec leurs roues à ce que vous avez si superbement décidé pour notre ville, je ne peux qu’enrager.

« CE MONDE NOUVEAU DONT VOUS ÊTES LE MODÉLE, L’INITIATEUR, LE DRAPEAU »

Je pense aux futures vignettes, aux parkings à + 50% pour les visiteurs extérieurs en certaines circonstances, à la zone 30 imposée partout. Ces mesures harmonieuses ne suffisent encore pas pour faire pénétrer dans le cerveau rétréci de ces minorités ce monde nouveau dont vous êtes le modèle, l’initiateur, le drapeau. Sans vouloir attenter en quoi que ce soit à ce que je sais être votre supériorité en tout, je me permets de suggérer que vous soyez encore plus sévère avec ces récalcitrants.

« CETTE ÈRE BENIE QUE VOUS METTEZ EN OEUVRE AVEC L’ÉCLAT QUI ÉBLOUIT »

Car cette ère bénie que vous mettez en oeuvre avec l’éclat qui éblouit est déjà partiellement sous leurs yeux, sur les trottoirs et les places de nos rues avec toute cette population bigarrée qui n’a besoin de rien de ce qu’ils quémandent, eux. Ni voie d’accès, ni stationnement, ni parking, ni propreté, ni sécurité. Pourquoi ne prennent ils pas exemple sur ces grenoblois plutôt que de s’obstiner au volant de leurs bagnoles de beaufs, ridiculement collés à leur siège, chaque tour de roue attestant de cette étroitesse d’esprit qui les caractérise.

 » SI VOUS NE JUGEZ PAS CHOQUANT QUE JE PRÉTENDE M’ÉLEVER JUSQU’A VOUS UN INSTANT »

Je connais les merveilles de ces zones piétonnes et étant particulièrement ouvert et convivial comme je sais que vous l’êtes vous même – si vous ne jugez pas choquant que je prétende m’élever par la pensée jusqu’à vous un bref instant – lorsque je m’y promène, je me réjouis d’y croiser cette diversité de population souvent couchée, qui m’interpelle avec grâce pour solliciter de l’argent que je gagne en travaillant ce qui permet de créer ce lien social auquel vous êtes si légitimement attaché.

Sans cela je déambulerai bêtement tranquille, je flânerait inutilement, peut être même ferais-je du lèche-vitrine comme si ces activités comportaient un quelconque intérêt collectif .

 » LA PREUVE VIVANTE QUE L’ECONOMIE LOCALE N’EST PAS EN PERDITION »

J’observe d’ailleurs au sol  avec gourmandise et une pointe d’envie le développement de tout un commerce de substances que la réaction qualifie encore d’illicites et de boissons alcoolisées qui sont au contraire la preuve vivante que l’économie locale n’est pas en perdition comme le dit cette droite retardataire à laquelle je ne voudrais pour rien au monde être assimilé .

 » JE LOUE VOTRE CHOIX d’AVOIR AMPLIFIÉ CE QU’UN AUTRE VISIONNAIRE AVAIT ENGAGÉ »

Zigzaguer entre les excréments sur des pavés disjoints, la saleté, dans un environnement qui rappelle ces villes de l’Est où j’ai aussi travaillé est toujours un vif plaisir pour moi parce que j’appréhende ainsi  la vraie vie. Se déhancher à chaque pas met de l’entrain à la marche.

On ne voit pas par quelle convention bourgeoise rétrograde cette vie devrait être cachée à notre vue ? Je loue votre choix d’avoir poursuivi et amplifié ce qu’un autre visionnaire, Michel Destot – mais pas à votre hauteur ,ni avec votre ampleur– avait si bien engagé.

 » CETTE LUMIÉRE QUE VOUS PROJETEZ AU DELA DE NOS MODESTES FRONTIÉRES »

J’ai lu que vous vouliez élargir ces réussites incontestables à pratiquement toute la ville en étendant à nombre de nos places et rues cette possibilité de vivre comme bon leur semble à toutes ces populations que nous sommes en joie d’accueillir. J’ai vu que pour pouvoir embellir notre vieille place Victor Hugo enlaidie par le stationnement et la possibilité de circuler,vous aviez commencé par abattre ces marronniers centenaires auxquels nous étions si bêtement attachés par la seule inertie des habitudes dont vous voulez heureusement nous défaire. Je vous remercie également de nous y aider grâce à cette lumière que vous projetez d’ailleurs comme un phare bien au delà de nos si modestes frontières locales, si étroites pour votre pensée.

 » VOTRE SAGE DÉCISION: AUCUNE PÉTITION SANS VOTRE SCEAU « 

Je partage évidemment votre sage décision annoncée par l’un de vos chambellans selon laquelle plus aucune pétition ne serait agréé sans votre Sceau préalable. Ce qui me permettra de rejeter toutes les sollicitations réclamant ma signature sur des sujets divers qui ne le comporteraient pas. Je me demande d’ailleurs de quel droit  pourraient elles perdurer dans la rue ? De quelle légitimité procèdent- elles si la votre ne les a pas adoubées ?

« VOTRE GRANDEUR POURRAIT FAIRE DISPARAITRE LES INITIATIVES SANS VOTRE FONDEMENT »

Peut être votre grandeur, dans un second temps, pourrait-elle charger vos seconds de légiférer aussi sur ce point de façon à ce que la ville soit conforme à une saine et démocratique organisation. Et que disparaissent ces initiatives hasardeuses et sans fondement, puisque vous êtes par nature et vocation à l’origine et à l’aboutissement de tout.

 » MALGRE L’EXCELLENCE DE VOS TRANSPORTS EN COMMUNS DONT LA SÉCURITÉ FORCE LE RESPECT »

Oserais-je exprimer le pourquoi de ma pétition éventuelle ? Il s’agirait que ma rue qui bénéficierait par ailleurs de toutes les mesures que vous êtes en train de prendre lesquelles ne feront qu’améliorer notre pauvre sort, soit tout de même accessible à ma voiture. C’est affreux de le résumer ainsi et en le faisant j’ai une conscience encore plus aigüe de mon égoïsme congénital. Mais nous ne savons ni ma femme, ni moi, ni mes enfants, organiser notre vie familiale et professionnelle autrement malgré l’excellence de vos transports en communs dont, soit dit en passant, le niveau de sécurité force aussi l’admiration.

<< petitions-plus-recevables-sans-lagrement-de-e-piolle-vertspg/

 » JE COMPRENDRAIS AISÉMENT QUE VOUS NE M’Y AUTORISIEZ PAS »

Mais je ne voudrais pas que cette « pétition » que je lancerais soit reçue comme une offense même minuscule à votre personne ou à votre politique et si vous le jugiez ainsi je comprendrais aisément que vous ne m’y autorisiez pas.

 » LES CITOYENS QUI ONT L’HONNEUR DE SE RÉUNIR AUTOUR DE VOTRE GLOIRE »

Quelle que soit votre décision je m’en remets à votre sagesse et à votre hauteur de vue . Si ce « droit » qui ne m’appartient pas ne m’était pas accordé je me conformerai à votre jugement qui me refuse l’insigne honneur d’entrer dans la catégorie des «citoyens » dont je connais l’existence grâce aux gazettes , qui ont la chance d’approcher votre gloire en de multiples circonstances et que, malheureusement, du fait de ma misérable condition intellectuelle , je n’ai pas le bonheur de croiser dans mon travail ou mes activités.

 » UN GENIE QUI NOUS PERMET DE MESURER CHAQUE JOUR NOTRE INSIGNIFIANCE »

J’en tirerai les conséquences qui s’imposent à moi et me considérerait comme équitablement banni de ma ville qu’il me faudra quitter. Mon seul réconfort intime est d’enfermer dans mon coeur la douce certitude d’être remplacé a bon escient par une population riante et conforme à l’avenir radieux que vous dessinez avec une largeur de vue et ,n’ayons pas peur des mots, un génie qui nous permet de mesurer chaque jour notre insignifiance.

A me lire, Grand Timonier, Maire vénéré, vous imaginez à quel niveau je vous prie de croire à mon profond respect.

Un grenoblois qui ne peut pas prétendre à l’honneur de « citoyen »  que vous seul dans votre magnificence  avez qualité à désigner.

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